C'est un phénomène qui prend de l'ampleur. Un nombre croissant d’adultes — jeunes ou moins jeunes — ne voient plus vraiment l'intérêt de "grandir".
Oui, je parle de mûrir. De devenir adulte. Dans le sens profond du terme: engagé, autonome, responsable. C'est pas "bienveillant" comme affirmation et surtout pas "tendance", je sais...
Et soyons clairs d'emblée, sans jugement aucun. C’est un choix qui peut tout à fait s'entendre. L’adolescence a ses charmes indéniables. L’enfance aussi, avec son lot d'insouciance.
Le monde adulte, lui... Il faut bien l'avouer. Ne tient pas toujours ses belles promesses. Loin de là.
Ceux qui s’attardent un peu trop longtemps dans cet entre-deux confortable... On a fini par leur donner des noms.
Les "adulescents".
Un mot-valise. Apparu en France dans les années 90. Il combine astucieusement "adulte" et "adolescent". Il désigne ces adultes qui conservent, avec une certaine fierté, des comportements ou des goûts typiquement juvéniles.
À l'origine ce mot, c'était une trouvaille pour les besoins du ciblage marketing. Pour positionner une nouvelle catégorie de clients et les atteindre.
Par la suite, le sociologue Tony Anatrella l’a popularisé dès 1995. Il l'utilise pour décrire celles et ceux qui évitent les responsabilités classiques de l’âge adulte. Parfois consciemment. Souvent inconsciemment.
Et après tout, pourquoi pas? On pourrait se dire ça. Fuir peut aussi être une stratégie de survie. Une manière de se protéger d'un réel jugé trop dur.
Mais comme souvent dans la vie... Les lignes ne sont jamais si simples. Ni si droites.
On peut, dans une certaine mesure, choisir de retarder le moment de "grandir" intérieurement. On peut jouer sur le langage, adopter les dernières modes, s'accrocher à des références culturelles de sa jeunesse.
Mais on ne peut pas empêcher le corps de vieillir. Ça, c'est une autre histoire.
Implacable.
Et un jour, inévitablement, les deux lignes se croisent. La ligne du refus de grandir, de mûrir. Et celle de l’âge qui avance, inexorablement.
Comment nommer ce point de croisement?
Franchement, peu importe le nom qu'on lui donne. Ce qui compte vraiment, c’est l’état de la personne à ce moment précis de bascule. Son ressenti intérieur.
Parce que ce point, ce moment de vérité... C’est celui où l’on se retrouve brutalement face à soi-même. Face à la personne qu’on est devenue, réellement. Et face à celle qu’on aurait pu, ou peut-être même qu'on aurait "dû", devenir.
Ouch.
Ce point de croisement, on pourrait l'appeler une sorte de facture existentielle.
Parfois, l'addition est particulièrement salée. Très salée. D'autres fois, surprise, il y a un crédit en notre faveur. Un avoir sur la vie. Et pour certains, plus rarement, le solde est à zéro. L'équilibre parfait. Ce point symbolise juste un grand "état des comptes" personnel.
Et c'est là que toutes nos lignes de vie convergent, sans exception. La ligne familiale, avec ses joies et ses fardeaux. La ligne professionnelle, avec ses succès et ses frustrations. La ligne affective, amoureuse, amicale. La ligne financière, bien sûr. Et la ligne psychologique, notre rapport intime au monde et à nous-mêmes. Chacune de ces lignes, à ce moment-là, nous ramène crûment à ce qu’on est… et à ce qu’on aurait pu être.
C'est souvent à ce moment précis, quand le bilan se dessine, que la tension monte. Que les questions fusent. Que l'inconfort s'installe.
Je vous ai entendu (ou presque !) grogner d'ici quand vous avez lu cette phrase: "La personne qu’on devrait être".
Sérieusement, moi aussi, cette formulation m'agace au plus haut point. On dirait une de ces injonctions moralisatrices, mal déguisée sous des airs de sagesse populaire. Une pression sournoise.
Alors, si vous le permettez, grognons un peu ensemble. Ça soulage. Mais pas trop longtemps, s'il vous plaît. Parce que j’ai une piste, une idée, que j'aimerais partager avec vous.
Grandir, mûrir, ce n’est pas forcément devenir quelqu’un d’autre, une personne totalement étrangère à ce que vous êtes. C’est peut-être, et c'est souvent le cas, aller chercher ce qui est déjà là, en vous. En attente.
La personne que l’on "doit" devenir, ou plutôt celle que l'on peut devenir, n’est pas une construction artificielle, plaquée de l'extérieur. Elle est là. Présente. Parfois bien cachée, certes. Mais inscrite en nous. Dans nos potentiels, nos talents, nos aspirations profondes.
Qu'est-ce qui nous sépare d’elle alors?
C'est ce fameux "stress" dont on parle tant.
Mais attention, ce stress-là n’est pas toujours négatif. Loin de là. Il peut aussi être un indicateur précieux. Le signal qu’il y a un travail à faire. Un pas à franchir. Une étape à passer.
Grandir, au sens de mûrir, c’est souvent accepter de franchir ce pas. D'affronter ce stress, cette tension créatrice. Et parfois, oui, ça demande de renoncer à certains aspects de l’adulescence.
Cependant, il convient d'être clairs! Il ne s’agit pas de renoncer à la légèreté, à la joie, à la capacité de s'émerveiller ou de jouer. Surtout pas! Il s’agit simplement, pour certains, de quitter un refuge. Un abri qui fut utile, protecteur, à un moment donné.
Et si ce refuge, aujourd'hui, ne protège plus vraiment... S’il commence à enfermer, à freiner, à empêcher d'avancer... Alors, il est peut-être temps d'envisager de le quitter. Avec gratitude pour ce qu'il a apporté. Mais avec détermination.
Dans le cas contraire, si ce statut d' "adulescent" vous convient et vous épanouit... Alors il faut y demeurer. Et y grandir tant bien que mal dedans, à votre manière.
Après tout, soyons radicaux: Il n’y a strictement aucune obligation à grandir.
Aucune obligation à devenir "mature" selon les critères des autres. Aucune obligation à tout comprendre, à tout pardonner, à bien investir, à bâtir un projet, ou même à "bien vivre" selon une norme établie.
Je le pense vraiment. Sincèrement.
La dernière station de métro avant la sortie vers une certaine forme de maturité assumée... Elle a un nom un peu provocateur. Elle s'appelle: “Aucune obligation.”
Ceux qui le souhaitent peuvent donc choisir de rester dans le métro. Heureusement, il fait des tours, il revient toujours au même point. Ils se diront qu'ils prendront la sortie la prochaine fois. Au prochain tour. Ils seront juste un peu plus âgés. Un peu plus las, peut-être. Et alors? Ce n’est pas "grave" en soi. Ils ont encore le temps, se disent-ils.
Mais si, au fond d'eux, ils sentent comme un petit point de pression désagréable dans le ventre... Une sorte de nœud quand ils songent à leur avenir, à ce qui ne change pas... Alors il se peut qu'ils soient prêts. Prêts pour autre chose.
Ceux-là, je les inviterais à commencer. Pas demain. Pas la semaine prochaine. Aujourd’hui. Là, tout de suite, maintenant. Avec ce qu'ils sont, là où ils sont. Je les inviterais simplement à commencer à faire un tout petit pas. Vers ce qu'ils sentent être leur propre version de la maturité.
Ce premier pas est souvent facile à noter dans son calendrier mental. C'est un début. Un vrai. Malheureusement, et c'est là toute la subtilité... Je ne crois pas qu'il soit possible de noter son "dernier pas" vers la maturité. Parce qu'il paraît, selon les "sages", qu'on ne peut jamais vraiment faire un "dernier pas" vers sa maturité. C'est un chemin. Pas une destination.
Choisir un début, un point de départ... C’est souvent bien plus puissant et mobilisateur que de viser une fin lointaine et parfois insaisissable.
Ce début, ça peut être un projet qui vous tient à cœur depuis longtemps. Un nouveau travail. Un engagement associatif. Une chose concrète. Une action simple, mesurable. Une union. Un nouveau départ relationnel. Rien d’héroïque n'est requis. Cela doit juste être réel pour vous. Palpable.
Comme coach PNL, j’accompagne celles et ceux qui ressentent ce besoin de quitter certains aspects de l’adulescence pour explorer autre chose. Et voici ce que j'ai souvent découvert au fil de ces accompagnements: Être adulte, ce n’est surtout pas renoncer à son enfant intérieur, à ses joies simples, à sa créativité. C’est simplement savoir y revenir librement, consciemment, sans plus jamais avoir besoin de s’y cacher.
L'adulescence n'est ni une tare, ni une station terminus obligatoire. C'est une étape, un espace-temps que certains traversent plus vite que d'autres. Et c'est très bien ainsi.
L'important n'est pas de cocher des cases d'une "maturité idéale" définie par la société. L'important, c'est de trouver ce qui vous met en mouvement, ce qui vous fait vibrer. Ce qui vous donne l'impression d'être aligné avec vous-même. Avec vos propres termes.
Et si, sur ce chemin, vous avez besoin d'un coup de pouce pour débloquer un "petit problème"... Pour quitter une "station de métro" où vous tournez en rond depuis trop longtemps... Ou simplement pour clarifier vers quelle "destination" vous souhaitez réellement aller... Sachez que des outils existent. Et des accompagnants aussi.
L'essentiel est de faire ce premier pas. Celui qui vous semble juste. Pour vous.
Maintenant.
Cette réflexion sur l'adulescence vous parle? Avez-vous déjà ressenti ce décalage, cette envie de "sortir du wagon" ? Ou au contraire, vous épanouissez-vous pleinement dans une forme de jeunesse prolongée?
Vivez bien ! Cédric Bonnot, Coach de vie PNL
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